CARICATURE DE ANNE ROUMANOFF

« On ne nous dit pas tout »


Cette caricature est réalisée dans des dégradés de rouge. Anne Roumanoff a choisi cette couleur de scène pour sa première apparition à la télévision en 1987 et n’a jamais changé depuis. Dans une chronique hebdomadaire : « On ne nous dit pas tout » de « Vivement Dimanche » animé par Michel Drucker, Anne Roumanoff connaît la célébrité. Sous le nom de Mme Bistrot, accoudée à une table de comptoir, elle utilise un vocabulaire incisif pour passer en revue les travers du monde actuel. Le verre de vin rouge qu’elle a longtemps tenu à la main, a disparu, mais elle a gardé sa couleur fétiche dans le titre « Rouge Vif » pour une chronique hebdomadaire du « Journal du Dimanche » puis « Anne (Rouge)manoff » au Théâtre du Palais Royal. « Il y a un côté joyeux et énergique dans le rouge qui me correspond bien. », confie-t-elle à Télé Loisirs en 2016.

Dans cette caricature, les yeux en amande se rétrécissent à l’extrême, comme pour percer le fond des personnages qu’elle égratigne. Mais au terme de cette recherche brille l’éclair de malice. La pétillante Anne Roumanoff cherche l’assentiment du public. Ses personnages passent dans la rue, travaillent à l’usine ou au super-marché. Ils se plaignent des grèves, de la hausse des prix. L’humoriste se sert de jeux de mots. Ainsi : Martine (Aubry) contre Ségolène (Royal) « C’est la poupée barbie contre la poupée barbante » dit-t-elle en 2008. Elle exprime sa conception de l’humour en 2016, lors d’un interview à « la Vie Quercynoise :« A mes yeux, l’humoriste est un miroir de la société. Il raconte une époque. Je ne veux pas juste blaguer pour faire rire. Je cherche à donner du sens pour raconter la crise économique, politique et morale qu’on traverse. ».Toutes les personnes au pouvoir en prennent pour leur grade, aussi bien Macron que Valls, Sarko ou Hollande. Mais parfois la caricature va trop loin, le boulet est trop rouge au gré de quelques critiques. Et c’est ainsi qu’elle devra s’excuser devant Christiane Taubira.
La chevelure noire aux mèches souples dans un style coiffé-décoiffé, révèle une personne d’une grande simplicité. Sa vie privée pourrait passer inaperçue, tant Anne Roumanoff est réservée sur ce sujet. Elle est née en 1965 dans une famille d’origine juive russe. En 1991, elle a rencontré à Saint-Malo Philippe Vaillant, organisateur de spectacles et elle l’a épousé en 1994. Ils ont deux filles, dont l’aînée, Alice, est née en 1995 et la seconde, Marie, en 2003. Elle mène donc somme toute, une vie privée sans histoire.

Le front large et lumineux de cette caricature révèle une personnalité très vive et intelligente. Anne Roumanoff a pris ses cours de théâtre au Cours Simon puis au Cours Florent en 1977. Dès l’âge de 12 ans, elle savait qu’elle serait comédienne mais néanmoins, en 1982, elle entre à Sciences po et en sort diplômée en 1986. A sa sortie, elle monte sur scène et enchaîne des rôles au théâtre, au cinéma, à la télévision, à la radio. Elle écrit des mises en scène dans un style concis. « Mes textes sont toujours travaillés, retravaillés, ciselés même. L’humour est un travail d’orfèvre. » dit-elle à Paris Match en 2015. Mais elle reste humble en dévoilant le nom des personnes qui co-rédigent ses textes, comme Bernard Mabille. Il est le co-auteur des textes de « Radio bistrot » et Anne Roumanoff doit en effet une partie de son succès aux talents de cet humoriste. D’ailleurs il le lui rend bien : «Elle m’apprend la précision. J’ai tendance à évoluer dans le schéma suivant: trois mots, un rire, trois mots, un rire et ainsi de suite. » déclare-t-il en 2010 à Home Culture. En 2015, Anne Roumanoff est nommée officier de l’ordre des Arts et des Lettres par le ministre de la culture.

Lilou Pluenn

caricature de Anne Roumanoff